Le résultats des réassureurs français en 1998 et leur cadre actuel, exprimé par Alexis Ruset.

Le mouvement de concentration par fusions-acquisitions engagé ces dernières années se poursuit au plan mondial dans la réassurance, comme dans l'assurance et le courtage.

Ainsi, les cinq premiers groupes de réassurance détiennent aujourd'hui plus de 38% du marché, contre 21% en 1990.

En cinq ans, le nombre des réassureurs a chuté de 400 à moins de 200. De nombreux pays achètent de la réassurance, mais n'en offrent plus.Bref, le paysage de notre industrie s'est profondément modifié, et il continue de changer.

Mais, paradoxalement, ce mouvement de concentration n'a pas affecté la capacité de réassurance disponible, qui reste abondante pour plusieurs raisons. De nouveaux entrants sur le marché drainent en effet vers la réassurance des capitaux importants d'origine bancaire. En outre, les Lloyd's, après leur rétablissement, ont connu un regain d'activité rapide. Enfin, les réassureurs établis cherchent à diversifier leurs activités pour réduire la vulnérabilité de leur portefeuille d'acceptations traditionnelles.

La concentration d'une capacité surabondante entre les mains d'un nombre réduit de réassureurs a exacerbé la concurrence dans un contexte où le chiffre d'affaires de la réassurance stagne, voire diminue, du fait de la situation de ses clients, assureurs ou grandes entreprises, engagés eux aussi dans un mouvement de concentration qui réduit leurs besoins, et confrontés à des mutations qui modifient leur demande.

L'avenir de la profession dépend du caractère durable ou non de ce déséquilibre. S'il est conjoncturel, la reprise de la sinistralité constatée depuis 1998 devrait assainir peu à peu le marché, victime aujourd'hui de pratiques tarifaires suicidaires dans la quasi-totalité des branches d'activité. Si, en revanche, les causes de ce déséquilibre sont structurelles, l'industrie de la réassurance devra réaliser une mutation radicale, dont elle devrait sortir profondément transformée.

On peut concevoir qu'il n'y aura plus alors que deux catégories d'acteurs. D'une part un oligopole formé par quelques très gros réassureurs capables de répondre à la demande des grandes entreprises ou des grands groupes d'assurance en cours de constitution. D'autre part des réassureurs spécialisés de taille moyenne ou petite, mais disposant d'une expertise forte dans certaines niches d'activités.

La réassurance française

Quelle est l'incidence de ces évolutions sur la réassurance française?

L'Association des Réassureurs Français (ARF) compte neuf membres actifs adhérents de la Fédération Française des Sociétés d'Assurance (FFSA), qui ont réalisé, 40.3 milliards de francs de chiffre d'affaires en 1998, soit 8% environ du total des primes cédées à la réassurance internationale au plan mondial.Les réassureurs étrangers sont de plus en plus nombreux à s'installer en France. En 1998, nous avons vu la création de l'Association Professionnelle des Réassureurs du Marché Français (APREMAF), qui est une instance permanente de concertation entre les réassureurs français réunis au sein de l'ARF et ces réassureurs étrangers.

L'APREMAF a pour objet d'examiner les problèmes ponctuels d'intérêt commun entre tous les réassureurs intervenant sur le marché français. Cette initiative, qui respecte strictement le droit de la concurrence, est suffisamment rare dans le monde de la réassurance pour être soulignée ici.

La réassurance française n'est évidemment pas épargnée par la situation mondiale de notre industrie. Son chiffre d'affaires a stagné en 1998. Ses résultats techniques sont redevenus globalement négatifs après trois années positives consécutives. Sa rentabilité moyenne a baissé, par rapport aux fonds propres (ROE) et par rapport aux primes nettes (ROR), tout en se maintenant à des niveaux élevés (respectivement 9.4% et 8.3%).

Pour affronter la concurrence internationale et la recrudescence de la sinistralité constatée depuis 1998, les réassureurs français disposent toutefois de provisions importantes représentant environ 300% des primes nettes et d'une marge de solvabilité confortable qui excède, en moyenne, 80% de ces mêmes primes.

Surtout, les réassureurs français se tournent résolument vers l'avenir et s'efforcent, avec succès, de diversifier leurs activités en termes de marketing et de nouveaux produits. Ainsi, la première opération en France de titrisation de risques de catastrophes naturelles a été conduite récemment avec succès. Les principaux réassureurs français disposent aujourd'hui d'équipes spécialisées dans la réassurance dite alternative ou les nouveaux marchés. Ils ont modifié leur organisation pour s'adapter aux évolutions en cours et mieux répondre aux attentes nouvelles de leur clientèle. L'offre de services se veut aujourd'hui plus réactive, plus flexible et plus innovante, car, plus que jamais, l'imagination doit s'allier à l'expertise.

Mais, pour que la réassurance française puisse aborder la compétition internationale dans des conditions concurrentielles, il lui reste à obtenir des autorités françaises la levée d'un certain nombre d'obstacles qui constituent pour elle des handicaps sérieux. Il est en particulier nécessaire d'instituer une réglementation et un contrôle de l'exercice de la profession de réassureur en France, ce qui faciliterait l'expansion des réassureurs français à l'étranger, et de lever certaines dispositions fiscales particulièrement pénalisantes face à la concurrence étrangère.

Pour le reste, les réassureurs français se donnent les moyens d'affronter les défis de l'avenir, et c'est une tâche à laquelle leurs collaborateurs s'attellent avec enthousiasme et détermination.

Alexis Ruset est président de L'Association des Réassureurs Français et président-directeur général de Sorema.