Guy Lamand réponde aux questions posées par Lee Coppack sur la gestion de risques en France du point de vue del'association française, L'AMRAE.

LC: Quelles sont les principales préoccupations des gestionnaires de risques en France actuellement?

GL: Actuellement les gestionnaires de risques français ont des préoccupations très diverses. D'abord il y a ceux qui sont concernés par les fusions de groupes et qui sont inquiets sur leur avenir personnel. Ensuite il y a ceux qui sont touchés par des réorganisations internes à leur groupe et qui doivent faire face à une pression encore plus grande de résultats avec souvent des moyens en réduction. Enfin il y a ceux qui ne sont pas concernés par les problèmes des deux premières catégories et qui continuent à optimiser leurs ressources et à s'adapter à l'évolution de leur groupe.

LC: On note de nombreuses fusions entre les grandes entreprises, soit sur le plan national, européen ou mondial. Comment cette tendance affecte-t-elle la gestion des risques ausein du groupe de la fusion?

GL: Tout d'abord je considère que toute fusion est du domaine international, même si elle concerne des sociétés nationales, car l'activité est maintenant devenue mondiale pour tous les groupes. Toute fusion affecte donc les marchés internationaux et les filiales étrangères des groupes concernés.Les conséquences de ces fusions en matière de gestion des risques sont très diverses et inégales. Le plus souvent on constate que l'absorbé intègre le programme de l'absorbeur, mais il n'y a pas vraiment de règle, puisqu'il faut tenir compte du choix des hommes qui seront maintenus en place…

LC: Quelles sont les incidences de la globalisation des entreprises sur la gestion des risques en France?

GL: Il y a deux incidences. Tout d'abord une incidence organisationnelle : il va falloir des mois pour connaître le périmètre exact du nouveau groupe. Or le travail de globalisation sera souvent freiné par des luttes intestines, tant que la nouvelle direction générale n'aura pas fait ses choix organisationnels et stratégiques. Par ailleurs la deuxième incidence porte sur le programme d'assurance : il y aura une remise en cause du choix des courtiers et des assureurs et il faut bien dire que ces situations avantagent les grands courtiers et les assureurs internationaux qui pourront répondre à la nouvelle demande en des temps très courts.

LC: La réduction du nombre des sociétés de courtage au cours des dernières années a-t-elle limité d'une manière sensible la liberté de choix que vous aviez auparavant?

GL: Oui, bien sûr, mais pas de manière très significative. Ce qui est plus préoccupant, c'est la réduction du nombre des assureurs.

LC: Êtes vous satisfaits des prestations offertes par le courtage aujourd'hui, et sinon, pourquoi?GL : Je pense personnellement que cette situation a conduit globalement à une amélioration de la qualité des prestations, car il y a de moins en moins de "chasse gardée" ou clients captifs. La concurrence est vive et la rémunération du courtier sur honoraires oblige celui-ci à justifier le prix de sa prestation.

LC: La réduction du nombre des sociétés de sociétés d'assurance au cours des dernières années a t-elle limité d'une manière sensible la liberté de choix que vous aviez auparavant?

GL: Je vous le disais auparavant, c'est ce qui me préoccupe le plus, car, pour l'instant le marché "soft" masque ce problème. Mais il deviendra bien réel le jour où le marché se durcira. Cela veut dire qu'il n'y aura plus de réelle concurrence et que l'on peut redouter des ententes entre les assureurs.

LC: Les membres de l'AMRAE utilisent-ils l'internet dans leur travail? GL: D'après nos informations, on constate une explosion en 1999 des adresses e-mail. Il semble que le courrier électronique se développe très rapidement à l'intérieur des groupes mais aussi avec les prestataires extérieurs.En revanche l'utilisation d'internet comme moyen d'information reste encore limitée, beaucoup de sociétés en limitant l'accès pour des raisons de sécurité.Il me paraît évident que son utilisation ne fera que se développer dans des fonctions corporate qui ont un besoin important de communication.

LC : Quelles sont les risques qui peuvent devenir préoccupants au tournant de ce siècle? Comment envisagez-vous le rôle du risk manager en cinq ans?

GL: C'est la question piège. Je vais essayer de lire dans ma boule de cristal ! Tout d'abord je pense qu'il est plus facile de répondre à la première partie de votre question. Pour moi, les risques préoccupants, si j'excepte le risque du passage à l'an 2000, viennent du développement des méga-fusions dont nous avons parlé ; ces sociétés ne sont plus à taille humaine et par ailleurs leurs capacités financières posent le problème de l'utilité de l'assurance traditionnelle. IL faut donc développer de nouveaux mécanismes permettant de répondre à ces nouvelles attentes.Ensuite je pense que la vulnérabilité de ces groupes viendra de l'atteinte à leur image de marque, car le moindre problème médiatisé deviendra un vrai risque pour leur part de marché, mais aussi sur leur cote en bourse. Il faudra donc de plus en plus savoir communiquer et gérer les crises.Enfin le troisième grand risque viendra du développement maîtrisé ou non des réseaux. J'y vois une source importante de paralysie d'entreprise, d'espionnage, de désinformation.

Face à de telles évolutions, je vois le rôle du risk-manager, lui aussi en complète mutation. Je pense que la prévention traditionnelle sera fatalement décentralisée sur les opérationnels, plus que jamais responsables de la gestion de leurs risques. Le risk-manager devra utiliser l'Intra net pour mettre à leur disposition le maximum d'informations leur permettant cette gestion (méthodologies, expériences internes ou externes…) Le risk-manager devra bâtir un réseau de correspondants, soit par zone géographique, soit par branche d'activité, qui lui permettra de faire remonter les informations jugées significatives à l'échelon du groupe. C'est à travers cette vision globale du groupe qu'il pourra détecter des risques liés aux organisations complexes, c'est à dire des risques d'interfaces, bien connus dans la gestion des projets industriels complexes, mais souvent sous-estimés dans l'organisation des groupes. Enfin je vois le rôle du risk-manager renforcé dans sa fonction corporate en charge du financement des risques du groupe, dès lors qu'il saura s'adapter à ses nouveaux besoins.Guy Lamand est président de l'AMRAE. Tel : +33 (0) 142 89 33 16 ; fax : +33 (0) 142 89 33 14; e-mail @amrae.assoc.fr. Internet: www. amrae.asso.fr. Il est aussi directeur de risques et assurances groupe, COGEMA.Lee Coppack est rédactrice de cet exemplaire de Global Reinsurance.E-mail : lee.coppack@globalreinsurance.com.